Total Fashion: La mode, un art total

Florence Boivin

“[…] Pourtant tout se passe comme si la mode essayait d’élargir sans cesse ses frontières en poursuivant l’ambition de devenir un véritable art total, loin de s’en tenir à sa définition traditionnelle et exclusive, celle d’un art du vêtement. Produisant de la séduction et du choc par tous les moyens, dont ceux de la scène relayée par la télévision et les magazines, elle devient un nouvel art du spectacle […]”1

La mode, cette façon de vivre, de se comporter, de se parer est devenue un phénomène social qui, comme mentionné par Jill Gasparina, s’est taillée une place au sein de divers domaines artistiques. Au fil du temps, elle en est même venue à brouiller les limites avec l’art de manière à se positionner au-delà du fonctionnel et de l’utilitaire. Conséquemment, les musées et les galeries se sont mis à promouvoir le travail de plusieurs créateurs de mode. Breaking The Mode, Artwear et Intersections : Where Art Meets Fashion sont quelques-unes des récentes expositions à être présentées dans des galeries et des musées et qui questionnent cette limite entre art et mode. En plus d’explorer plusieurs concepts qui lui procurent une place dans le domaine de l’art visuel, la mode s’est mise à explorer d’autres médiums pour mettre en valeur ses créations en plus de promouvoir une mentalité et un style de vie. En bonifiant l’image de ses créations avec la publicité, la scénographie et la photographie, le créateur cherche à transporter le spectateur dans son univers en plus de le submerger de sa conception et parfois même de son idéologie.  Il change alors l’impact de ce qui était conçu au départ en réponse au besoin de protection. En fait, il en vient à véhiculer son univers artistique dans la vie de la personne, dans son quotidien. La mode va au-delà de la nécessité et elle devient un moyen d’expression; elle transcende le simple désir de se vêtir ou de s’identifier à une collectivité. En portant un vêtement, l’individu adhère non seulement à une manière de vivre mais aussi à la mentalité du créateur.  Il est donc possible de dire que la mode a su créer un univers autour de ses créations. Donc, dans la continuité de cette recherche, et dans la mesure où la mode est considérée comme étant une forme artistique, est-ce qu’il est possible d’affirmer qu’elle est un art total?

Au terme de cette analyse, il sera possible d’affirmer qu’elle l’est en effet. Cet essai saura démontrer en utilisant ce concept esthétique comme étant un art qui submerge l’univers sensoriel de l’individu. En utilisant le tactile, le visuel et divers sens complémentaires, il sera possible de prouver que la mode est un phénomène social qui peut être considérée comme un exemple d’art total.

Art total:

L’art total, de l’allemand Gesamtkunstwerk, est un concept qui fût principalement exploré par le compositeur allemand Richard Wagner. Bien qu’il soit possible de situer des œuvres se référant à ce concept avec des maisons anciennes telles que la Casa dei Misteri (60 av. J.-C.) et la Villa Barbaro (1560) qui immergent le spectateur dans un spectacle de par l’architecture et l’art présent, il n’en demeure pas moins que Wagner fût le premier à créer une œuvre d’art total. C’est avec sa salle nommée le Palais des Festivals de Bayreuth, Bayreuther Festspielhaus, que le compositeur explora cette notion et réalisa plusieurs opéras tels le Parsifal en 1882. Par ailleurs, la conception d’art total se caractérisera au fil du temps par l’utilisation de plusieurs médiums et disciplines dans le but de faire vivre au spectateur une expérience sensorielle. Aussi appelé le Virtual Reality, le créateur d’art total souhaite transporter le spectateur dans un espace visuel illusoire. Il tente donc de récréer une notion de perspective qui est totale et entière. Il sera possible de constater cet esthétisme dans le domaine de la mode. Par ailleurs, l’art en arriva aussi à appliquer cette notion au quotidien en s’inspirant de la vie.

Cette alliance entre l’art et la vie a également été introduit dans la mode dès 1894 avec Henry Van de Velde qui fût influencé par le mouvement Arts & Crafts de William Morris. Avec cette philosophie qui propose l’abandon de la distinction entre art majeur et art mineur, plusieurs créateurs (artistes et couturiers) dirigeront leurs recherches sur le vêtement et sur le métissage de plusieurs médiums comme l’explique l’historienne Florence Müller :

La notion d’art totale favorise le rapprochement entre l’art et la vie, la création et la modernité scientifique. Dès 1903, les Wiener Werkstätte regroupent peinture, sculpture, architecture et arts appliqués dans la création du décor de la vie : Josef Hoffmann crée des bijoux et des vêtements en accord avec ses projets architecturaux. Le peintre autrichien Gustav Klimt dessine des tissus et des robes dont la sobriété de coupe laisse toute leur dimension au graphisme puissant […].2

Ces mouvements étudieront le pouvoir du vêtement en utilisant diverses disciplines et médiums artistiques pour servir leurs créations. Par la suite, ce sera au tour des futuristes italiens de mélanger le progrès avec la rencontre de l’art et la vie. En exemple, le peintre et sculpteur futuriste Giacomo Balla utilisera dans ses tissus des éléments de synthèse étudiés en peinture comme la ligne-vitesse, les formes-bruits ainsi que les rythmes chromatiques.3 En plus, il s’accoutrera d’accessoires surprenants comme des cravates en plastique, en carton ou en bois avec des ampoules électriques. Pour lui, comme le mentionne Florence Müller : “le vêtement doit replacer l’individu dans l’espace urbain en favorisant la communication entre les citoyens”.4 Cette aspiration constante à allier art total et mode s’intensifiera au cours des époques. Elle se fera remarquer par certains créateurs tels que Gabrielle Chanel qui basera ses recherches sur quelque chose de plus profond que la mode; sur une conception de la femme et sur une morale. Chanel arriva à changer les conventions vestimentaires féminines en prônant des éléments classiques et confortables. En conséquence, il est possible de remarquer que ce désir de transmettre un idéal de vie est poursuivi par le vêtement qui l’offre à l’individu. Puisque dans sa composition il finit par imposer une mentalité, il arrive à un point ou il modifie les perceptions. De plus, simplement par le contact de la matière sur le corps ou de la forme et de la composition, il propose à l’individu un style de vie. Plusieurs autres créateurs se sont intéressés à cette relation intime entre la vie, l’humain et la mode tels qu’Hussein Chalayen, Issey Miyake et Alexander McQueen. En situant historiquement la notion d’art total et la mode, il est possible de comprendre son avènement et son implication dans la vie de l’individu.

C’est tactile:

Tout d’abord, la mode est un exemple d’art total car elle immerge le spectateur dans un univers sensoriel tactile et c’est grâce à ce sens que l’individu en arrive à développer une relation intime avec l’étoffe et le vêtement. En fait, cette faculté permet d’appréhender la matière, le poids, le volume en plus d’être le seul sens à pouvoir ressentir la température. La sensation tactile, contrairement à celle visuelle, fournit un contact direct avec l’objet, elle devient donc une source importante d’information pour l’individu et spécialement en ce qui a trait aux éléments vestimentaires. Alors, le rôle du tissu n’est plus seulement esthétique, il devient un accompagnateur au quotidien, il est une seconde peau qui escorte et qui recouvre le corps. De plus, le vêtement influence le comportement de l’individu, sa mentalité et émet diverses sensations. En exemple, il est possible de mentionner le sentiment de réconfort que procure un chandail tricoté et entièrement composé de laine. En s’habillant avec ce vêtement, l’individu cherchera à être réchauffé et trouvera, en quelque sorte, un réconfort et de la chaleur avec la maille et la laine. Ainsi, le contact avec la peau en vient à émettre une sensation au corps qui influence la pensée de la personne qui porte le vêtement. Cette relation entre la matière et le corps se présente comme un premier aspect d’art total dans le vêtement.

Ce qui amène au deuxième aspect de ce concept soit l’importance de la structure des textiles au sein de la mode. Celle-ci arrive à modifier les perceptions de la personne qui s’habille du vêtement en plus de modifier les mentalités. Lors de l’apparition de la maille et du tissage dans le domaine de la mode, ces deux manières de créer un vêtement ne furent pas considérées au même titre. Avec l’utilisation des textiles tissés le corps était contraint dans ses mouvements et avec l’émergence de la maille et du stretch dans la mode, le corps s’est senti libéré et la mentalité dans l’habillement fût révolutionnée. En plus de décrire la maille comme étant une seconde peau Valérie Guillaume, conservatrice en chef du patrimoine au département design du Musée National d’art moderne du Centre Georges Pompidou, évoque l’importance du stretch et le changement qu’il apporte :

La maille offre une nouvelle tenue au vêtement, plus près de la peau. Le stretch révolutionne la mode. Le magazine Vogue pronostique que c’est notre vie de tous les jours qui va changer. Le jersey et sa souplesse nous avaient déjà donné le goût de la liberté […] mais le stretch suit votre corps comme une ombre fidèle et obéissante.5

Cette libération créée par la matière sera reprise par plusieurs créateurs tels que Marc Audibet6 pour ses collections de Bodies-Léotard et Azzedine Alaïa 7 qui furent présentées au printemps-été réalisée 1990.  L’instauration de la maille dans le vêtement est devenue un art total dans la mesure où elle a changé les perceptions et la mentalité de la personne qui habille le vêtement. En plus de transmettre une sensation de libération au corps, la maille et le stretch ont modifié le comportement et le quotidien.

Le corps devient un instrument central dans le monde de la mode et dans l’expérience d’art total car c’est lui qui expérimente et qui témoigne des sensations tactiles qui sont perçues. Comme l’explique le créateur Thierry Mugler: ” Le corps tend à devenir une matière première à modeler par le créateur.”8 Conséquemment, dans le but de faire vivre une expérience tactile, le créateur en vient à créer des vêtements qui modifient la sensation traditionnelle du tissu face au corps. Au terme des créations qui relient l’art et la mode, il est possible de citer les habits de Rei Kawakubo9 qui œuvre principalement pour la maison de couture Comme des Garçons. Celui-ci a basé ses recherches sur l’idée de former et déformer le corps. Comme expliqué par Valérie Guillaume:

Rei Kawakubo propose une mode radicale qui oscille entre art conceptuel et réflexion sur le vêtement. Des hypertrophies, des protubérances, des déformations viennent troubler la vision traditionnelle du vêtement porté. On assiste à une remise en question de la nature même de la création vestimentaire qui va de pair avec l’abdication du primat de la silhouette et qui implique une réflexion sur le processus de création de l’œuvre comme sur la capacité de celle-ci à représenter le monde.10

En créant cette collection qui déforme et qui recrée un nouveau corps par dessus celui de la personne, Rei Kawakubo modifie les perceptions tactiles et les sensations du participant. Il en vient à développer un art total tout en brisant les conventions avec ses créations.

Finalement, c’est sur un esprit d’innovation et un désir de faire vivre des expériences de plus en plus sensibles pour l’individu que se base la recherche des créateurs de mode. Hussein Chalayan avec ses robes électroniques utilisent les dermotextiles; ils reproduisent les qualités et la sensibilité de l’épiderme humain c’est-à-dire que les textiles se cicatrisent lorsqu’ils sont abîmés. Il existe plusieurs autres concepts et tissus techniques qui sont mis de l’avant dans le but de générer une expérience complètement sensorielle au corps. Ainsi le vêtement et la matière à travers la mode deviennent des éléments importants au sein de l’expérimentation d’art total. Il semble d’autant plus important de mentionner plusieurs autres aspects tels que la tendance du produit ”fait-main” qui agit comme un placebo affectif. Il témoigne de l’usure qui devient le principal témoin du vécu de la matière et de l’attachement émotif qui dirige l’individu dans le choix des vêtements et dans cette cérémonie du toucher exécutée lors des séances de magasinage. Ces divers éléments sont eux aussi reliés à cette notion d’art total.

C’est visuel:

D’un autre côté, il est possible de définir la mode comme étant un phénomène social qui se réfère à des valeurs esthétiques. Le visuel occupe alors une place déterminante dans ce domaine car il est le premier sens à capter l’information relative au style et à l’image. Ce n’est donc pas seulement le contact direct de la matière qui dirige l’expérience d’art total mais plutôt l’esthétisme qui submerge le spectateur. La vue se concentre alors sur des perceptions du langage visuel sans pour autant entrer en relation directe avec le vêtement ou l’objet. Cet univers sensoriel est important dans la définition de la mode comme exemplifiant l’art total car il transporte le participant dans son sens du spectacle avec, entre autre, l’utilisation du défilé. Cet évènement, qui cherche à remettre dans son contexte le vêtement, fit son apparition dans les années 1850 avec le couturier français Charles Frederick Worth. Au fil des années, les créateurs de mode ont cherché à mélanger plusieurs médiums, ils se sont mis à explorer la scénographie et le langage plastique dans le but d’intensifier l’expérience proposée. Les défilés sont devenus un art du spectacle qui séduisent et choquent par tous les moyens le public, mais qui au final submergent l’individu de son atmosphère. Comme l’a expliquée Sandy Black dans la citation ci-dessous issue de son livre Fashioning Fabrics : contemporary textiles in fashion, plusieurs créateurs se sont intéressés à cette forme d’expression artistique en utilisant des mannequins, en analysant les mises en espaces, les jeux de lumière et la scène.

A wave of experimentation and spectacle in the mid-1990s focused on more and more elaborate and provocative fashion shows, especially from London designers Alexander McQueen, Hussein Chalayan, Julien MacDonald, and John Galliano […] These occasions provided a catwalk as theatre, concocting elaborate scenarios, one-off clothes and extraordinary fabrications, many of which have become seminal moments in fashion history.11

En ce qui concerne l’identité, la mode en est venue à provoquer une révolution avec son esthétisme. Elle est arrivée à modifier les perceptions autant entre les genres et les cultures en plus d’amener l’individu à exposer sa personnalité et à s’identifier à une griffe ou un vêtement. En s’appropriant le visuel avec certaines pièces de vêtement, l’individu cherche à s’approprier une image ou un caractère qui est par la suite perçu et jugé par les autres. En fait, la notion d’art total devient majeure du fait que la personne souhaite être entièrement imprégnée d’une mentalité et d’un esthétisme en plus de vouloir être associée à l’idéologie de la maison de création et que cette association soit perçue par autrui.

Selon cette perspective, il est possible de mentionner le travail de Jean-Paul Gaultier qui utilise comme leitmotiv l’ambigüité entre féminin et masculin. Pour ce créateur, l’homme peut être féminin au même titre qu’une femme. En brouillant l’identité des genres, Gaultier arrive à submerger l’homme et la femme dans un univers qui ne lui était pas traditionnellement attribué. Ce phénomène d’absence d’identification est aussi présent au sein des styles vestimentaires de la mode de rue, le grunge, le gothique etc. qui de par leur esthétisme particulier se réfère à un courant de pensée, a un mode de vie.

Tel que mentionné précédemment, le vêtement demeure un médium déterminant qui relie l’univers d’art total et la mode. Celui-ci devient un renseignement sur l’identité en plus d’être un artefact culturel, lorsque l’individu porte un vêtement avec une marque il en vient à s’associer à un courant de pensée ainsi qu’à une époque. Il expose au regard des autres une personnalité à travers l’esthétisme de son style. Cette personnification est exprimée par Marie-Christine Natta qui se réfère à la mentalité de la maison Chanel : ” La mode Chanel se présente comme la mode refuge d’une femme inquiète […]. Elle incarne bien la tradition de l’élégance bourgeoise aux lignes et aux couleurs sobres, à la distinction et à la fantaisie discrètes. 12

Il est aussi possible de citer la collection Anglomania de Vivienne Westwood13 qui utilise le  vêtement anglais avec ironie et qui propose à sa clientèle une révolte à petite échelle avec des accessoires clichés à cette culture. Tous ces aspects de l’habillement amènent l’individu à s’imprégner et à s’identifier à un esthétisme. Le visuel représente un sens qui capital dans l’expérience d’art total au sein de la mode. Ne serait-ce que par la publicité, l’image de la marque, les défilés et l’identité qu’elle transmet à son auditoire, la vue demeure le premier contact sensoriel que l’individu expérimente.

Se sont aussi des sens complémentaires:

Après avoir exploré les perceptions tactiles et visuelles qui sont des aspects majeurs dans  l’expérimentation d’art total, il est possible de constater le désir d’étendre l’expérience retirée par la mode. Ce domaine artistique tentera d’approfondir cette quête des sens avec l’odorat et le sens auditif. Ces deux éléments peu exploités en comparaison au visuel et au tactile s’expriment à travers le travail de l’artiste Jana Sterback.14 Bien qu’elle ne soit pas une créatrice de mode à la base, il n’en demeure pas moins qu’avec sa robe en chair elle propose au spectateur un vêtement qui utilise plusieurs sens afin de modifier les perceptions qui lui sont reliées. Cette œuvre citée par l’historienne Florence Müller s’intéresse aux limites de l’art et de la mode : ” La Vanitas : robe de chair pour albinos paranoïaque de Jana Sterback expose l’idée du corps comme vêtement de l’âme, un corps lieu des passions et de la séduction, symbolisé par une robe de viande en cours de décomposition (taillé dans du steak par le créateur Daniel Jasiak).15 En étant en présence de cette robe, le participant se retrouve submergé par cette odeur de décomposition de la viande. L’odorat est un sens puissant qui fût utilisé dans certaines expositions qui qui permet d’ajouter un caractère réel aux objets présentés. C’est le cas de l’exposition rétrospective d’Yves Saint-Laurent qui se déroula en 1983 au Metropolitan Museum of Art. Pour cet évènement, du parfum fût vaporisé sur certains vêtements pour pouvoir amplifier le sensationnalisme de la mise en scène de l’exposition. Le sens olfaltif devient déterminant dans l’expérience d’art total car il permet d’élever cette expérience à un niveau supérieur.

C’est aussi avec l’utilisation de la musique ou du bruit lors des défilés et dans les magasins que le sens auditif devient un élément d’art complet. En ce qui attrait aux défilés, la musique permet de mettre en contexte l’action et d’associer les vêtements à un univers, un style ou une époque. En plus d’offrir à l’auditoire des repères, elle propose un rythme et met en scène. Le duo hollandais Viktor & Rolf,16 qui explore la théâtralité autant dans les défilés que dans ses création des vêtements demeure incarne un exemple parfait de l’utilisation de la musique dans la présentation de leurs évènements. Celui-ci est principalement reconnu pour leurs évènements conceptuels uniques qui diffusent des critiques sociales. Le dernier défilé 2010-2011 proposait une atmosphère industrielle avec une bande de son de bruit d’usine, de machines et d’outils. De plus, les mannequins se faisaient habiller et déshabiller sur scène. Avec ce défilé, Viktor & Rolf ont ouvertement critiqué l’industrie ainsi que la surconsommation d’idées et de performances derrière le milieu de la mode. Finalement, la musique est importante dans les magasins, une personne sera plus facilement disposée à acheter un type de vêtement si elle se sent dans un environnement confortable ou si elle se retrouve parmi ce style. Ces sens complémentaires, même s’ils sont moins présents que le toucher et la vue, demeurent pertinents dans l’expérience d’art total dans la mode.

Finalement:

[…]Also all the senses are enlisted, primarily the higher ones of vision and hearing, but by implication, those of touch and smell as well. One sense alone, like a single art, gives only a partial picture of man ; by the standard (among others) the isolated art is condemned ; the togetherness of the senses is essential for a complete experience.17

Tel qu’exprimé par Edward Arthur Lippman par rapport à l’idéologie de création de Wagner, l’art total est avant tout une expérience artistique qui trouve sa signification profonde lorsqu’elle stimule l’ensemble des sens chez l’individu et qu’elle est réalisée à l’aide de plusieurs médiums combinés. Au terme de cette analyse, il est intéressant de constater cet intérêt profond que possède la mode à vouloir amplifier et extensionner son art de manière à faire vivre une expérience sensorielle au participant ou au spectateur. À l’aide des sens tactile, visuel et complémentaires ce domaine de création s’inscrit comme un exemple d’art total.  Pour conclure, il est intéressant de constater, qu’au-delà de l’univers sensitif la mode en arrive aussi à explorer une dimension abstraite et des valeurs émotives à travers des créations. Des créateurs tels Martin Margiela ont transformé leur vêtement par l’action de bactéries, Hussein Chalayan enterra ses vêtements dans le sol durant plusieurs semaines et l’artiste Andrea Zittel se créa un ensemble de vêtements pour chaque saison sont de ceux qui surent mélanger de manière innovatrice la notion d’art total et mode au sein de leurs recherches conceptuelles sur les comportements.

Endnotes
1. Jill Gasparina,  I love fashion : L’art contemporain et la mode (Italie : Éditions Cercle d’Art, 2007), 41.
2. Florence Müller, Art et Mode au xxe siècle (Paris : Éditions Assouline, 1999) 5.
3. Giacomo Balla,- Annexe 1
4. Florence Müller, Art et Mode au xxe siècle (Paris : Éditions Assouline, 1999) 6.
5. Valérie Guillaume, La Mode : Un demi-siècle conquérant (France : Éditions Gallimard, 2007) 24.
6. Marc Audibet, – Annexe 2
7. Azzedine Alaïa, – Annexe  3
8. Valerie Steel,  Se vêtir au XXe siècle : De 1945 à nos jours (France : Adam Biro, 1998) 27.
9. Rei Kawabkubo, – Annexe  4
10. Valérie Guillaume, La Mode : Un demi-siècle conquérant (France : Éditions Gallimard, 2007) 28.
11. Sandy Black, Fashioning Fabrics : contemporary textiles in fashion (Londres: Black Dog, 2006) 20.
12. Marie-Christine Natta, La Mode  (Paris : Éditions Economica, 1996) 77.
13. Vivienne Westwood -Annexe 5
14. Jana Sterback – Annexe 6
15. Florence Müller, Art et Mode au xxe siècle (Paris : Éditions Assouline, 1999) 16.
16. Viktor & Rolf – Annexe 7
17. Edward Arthur Lippman, ”The Esthetic Theories of Richard Wagner ”, The Musical Quarterly 44 (1958): 210.