Les Irregularités

Rocio Valencia

La galerie Artefacto présente jusqu’au 20 mars 2009 « Les Irrégularités » sous la direction des commissaires Chloé Desjardins et Frédéric Barette pour qui l’ambiance qui règne dans la galerie, lors des soirées de vernissage du Festival Art Matters, est tout aussi importante que l’exposition elle-même. L’événement ayant été un succès, la place occupée par chaque œuvre d’art s’est avérée un élément essentiel à l’appréciation du travail des artistes dans la salle alors que le public s’accroissait au fil des heures. En effet, la répartition hétéroclite des sculptures, installations et autres qui n’occupent pas seulement les murs, mais bien les trois dimensions de l’espace de la galerie, témoigne d’une sensibilité et d’une ouverture d’esprit qui mettent davantage l’accent sur l’essence du travail des artistes.

Par une porte ou par l’autre, le spectateur se sent le bienvenu; l’ambiance créée par les œuvres sculpturales de Caroline Bergeron et Daniel Eshpeter éveille la curiosité du visiteur et l’entraîne à la découverte des installations qui ont été combinées au gré de leurs irrégularités.

Les témoignages artistiques que représentent les objets d’art sont à la fois une riche combinaison de matériaux et de formes, ainsi que l’expression d’un désir d’éclatement qui finit par transcender la matière et se transmettre au spectateur.

À travers leurs écrits, les créateurs Aaron Knapp, Sydney Satosky et Claudia Borneo nous transportent dans leur monde imaginaire, The Alan Thompson Cockerel Institute. À la lecture de ces contes, il devient pratiquement possible d’halluciner des coqs atrophiés, des poulettes échaudées et des poussins maladroits se déplumer et s’exalter au 661 Rose-de-Lima. Les textes sont accompagnés d’œuvres picturales dans lesquelles les fines lignes qui tracent le contour de ces dessins symbolisent la limite même entre folie et génie qui se côtoient tout au long de l’expérience « Les Irrégularités ».

En retrait de l’Alan Thompson, mais dans le même espace, habite un personnage de plastique, qui selon moi personnifie le thème donné à l’exposition; la sculpture de Chantal Tremblay nous fait ressentir l’effet étrange qu’éveille la représentation physique des dynamiques intérieures de l’être humain. Si vous vous en sentez capables, saisissez-la. Cette œuvre tridimensionnelle est une porte vers les possibilités infinies d’une définition proprement dite de l’art, tout comme l’installation anonyme qui traverse l’intérieur de la salle par après.

L’effet de cette installation sur les visiteurs ne peut être que repensé et questionné continuellement si l’on cherche vraiment une réponse exacte au pourquoi du comment. Vraiment irrégulier! Vraiment invraisemblable! L’équilibre de l’installation dépend entièrement de l’être qui l’habite, car il s’agit d’une cage qui, suspendue au plafond, traverse en diagonale l’espace où convergent le lobby de galerie et la première salle d’exposition. Et dans cette cage, un hamster tente tant bien que mal de survivre à la catastrophe que représente pour lui tout déplacement du centre. Il s’agit selon moi d’une métaphore vivante qui nécessite mûre réflexion : d’abord faut-il comprendre le rôle de l’artiste dans cette création et ensuite s’imprégner de la vie qui entoure son œuvre.

L’intégration d’une existence, comme celle de ce petit rongeur, à l’esthétisme de l’univers artistique démontre clairement l’ouverture d’esprit et la sensibilité dont doit faire preuve, à son tour, le visiteur dans ses allés et venues à travers l’exposition; mais c’est d’abord l’intensité et l’éclectisme des œuvres qui le séduisent. Une belle intensité et un joyeux éclectisme!

Caroline Bergeron, Infection, sculpture
Image courtesy of Rocio Valencia